L’Angélus

Peinture Angélus

  1. HISTOIRE : L’origine de l’Angelus est à situer en Europe, au Moyen-Age. C’est la prière des fidèles par excellence, avec la récitation du rosaire. Les plus anciens témoignages de la prière de l’Angelus, avec récitation souvent de trois Ave Maria, sont à situer dans l’ordre franciscain naissant (St Antoine de Padoue, St Bonaventure). Cette récitation s’est vite accompagnée de la génuflexion pour méditer sur l’humilité de l’Incarnation de notre Seigneur. Cette pratique a par exemple influencée les représentations de l’Annonciation à l’époque gothique où la Vierge apparaît nouvellement à genoux.

La prière de l’Angelus a commencé le soir, à la fin de l’office de Complies, au son de la cloche. Puis rapidement, la récitation s’est poursuivie à la cloche du matin. La première approbation pontificale date de 1318, lorsque Jean XXII (de Cahors) demande que la pratique connue à Saintes se répande et offre l’indulgence. En 1327 il introduira cette récitation à genoux à Rome.

L’Angelus de midi a été institué au XVème siècle. C’est le roi Louis XI, père de Ste Jehanne de France, qui en 1472 prescrit dans son royaume la récitation de l’Angelus à midi en intention de prière pour la paix. Il est ainsi appelé l’Angelus de la paix.

Cette prière a connu une très grande popularité en France (Cf. peinture de Millet) jusqu’au milieu du XXème siècle. Et il n’est pas rare qu’en ce début du XXIème siècle les cloches tintent encore l’Angelus…

 

  1. SENS : Jusqu’au début de l’année 2008, j’ignorais tout de l’histoire de l’Angelus, tout hormis sa pratique fidèle et simple notamment chez les moines encore aujourd’hui.

La prière de l’Angelus est pour moi la mémorisation et l’exaltation dans nos cœurs de cette bonne nouvelle qu’est la visite de l’Ange Gabriel auprès de Marie. C’est le secret sans lequel l’Incarnation n’aurait pas été possible. L’Angelus comporte ainsi trois moments ou trois mouvements. Il ne faut donc pas aller trop vite ! Il ne nous sera possible de voir ce « Verbe fait chair » qu’après un certain processus ; l’Angelus le dit et le rappelle. Il nous appelle à la patience et à la foi, c’est-à-dire à la sagesse de Dieu.

1er mouvement : « l’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie », c’est-à-dire que Dieu seul a l’initiative. La visite de Dieu est première, sans elle rien ne peut arriver car c’est de cette visite que tout découle. Il nous faut ainsi poser un acte d’humilité et espérer que le Seigneur vienne à notre rencontre pour que telle ou telle chose se réalise. Ce premier mouvement invite aussi à remercier Dieu pour ses initiatives qui ne cessent d’embellir notre vie…

2ème mouvement : « Voici la servante du Seigneur », c’est l’étape intermédiaire. Rien ne se fera sans notre consentement. St François de Sales le répétait souvent : « Dieu peut tout pour nous, en nous, mais pas sans nous ! » Le consentement de Marie, son fiat, nous apprend ainsi à dire oui, à dire « je » et à s’engager concrètement pour que la volonté de Dieu que nous avons comprise se fasse. Sans cette étape, qui a son temps propre, il n’est pas de promesse dont nous pourrons voir la réalisation.

3ème mouvement : « Et le Verbe s’est fait chair », c’est l’étape de la vision ou de la reconnaissance. Le chrétien qui se rappelle cette promesse « faite chair » ne peut plus mettre en doute la réalisation des promesses de Dieu. Il est invité sans cesse à chercher Dieu dans sa vie et dans le monde, à « scruter » ce monde pour y découvrir de ses propres yeux la présence effective de Dieu.

Les paroles de l’Angelus ne font que reprendre des versets évangéliques, mais leur découpage simple est très formateur. La prière finale est enfin la reprise directe de l’oraison de la messe du Quatrième Dimanche de l’Avent.

 

  1. A GENOUX : On peut réciter cette prière debout. Les moines cisterciens la récitent d’ailleurs debout le Dimanche, jour de la Résurrection, et à genoux les autres jours de la semaine, tout comme les moniales de l’Annonciade.

Cependant, la position à genoux a deux avantages : le premier (pratique) nous empêche de faire deux choses en même temps ! Notre société pressée a certainement à gagner en apprenant à ne pas vouloir faire plusieurs choses en même temps… Le risque est en effet de laisser filer une prière qui, d’oraison mentale peut devenir une répétition étouffée par d’autres activités. Le deuxième avantage (théologique et pratique) nous forme patiemment à l’humilité. La position à genoux nous ramène en effet chaque jour au niveau du sol ! Nous devons nous arrêter, même pour un court instant, pour le Seigneur. L’Incarnation nous ramène ainsi très concrètement dans la profondeur de nos existences, dans le creux de nos vies et de l’humanité la plus réelle…

La récitation de l’Angelus peut se faire personnellement et à voix basse ou encore en groupe et à voix haute. A chacune de ces situations il est possible d’adapter la position debout ou à genoux. Il est intéressant de se rappeler toutefois que la position à genoux (« fléchir les genoux ») apparaît comme une position nouvelle et particulière de prière pour les premiers chrétiens (Cf. Actes des Apôtres- Ac 20,36…). La prière juive, elle, se fait debout.

St François d’Assise, et après lui St Bonaventure qui a mis en lumière la pensée dite franciscaine, nous demande d’être des « théologiens à genoux » pour suivre le Christ. Il reprend l’expression de St Paul dans la Lettre aux Ephésiens (Eph 3,14). En effet, nous pouvons voir Dieu à travers le livre du monde si nous nous arrêtons pour regarder, à travers le langage de notre corps si nous acceptons notre pauvreté et le don de soi, et à travers les Ecritures pour comprendre.

 

  1. ESPERANCE : L’espérance que procure aujourd’hui la prière de l’Angelus est celle d’une prière simple, accessible à tous et possible en famille. La nouvelle de l’Archange à Marie est la grande espérance que l’humanité reçoit de la part de Dieu. Cette espérance, la présence et la proximité de Dieu dans nos vies, est toujours vive dans le cœur des chrétiens. Cependant, la grande joie que peut nous apporter la prière de l’Angelus est celle du renouvellement de la prière commune dans les foyers, dans les familles, notamment avec les enfants. C’est le travail en profondeur, le sillon que l’Esprit propose à l’Eglise aujourd’hui peut-être !

Les heures traditionnelles de l’Angelus sont 7h, 12h, et 19h. Les cloches tintent souvent à ces heures, ou parfois à 8h le matin (pour ne pas importuner les citadins, notamment le dimanche…). Ce rythme médiéval et rural est un rythme bien humain. Cependant, je propose pour l’œuvre de la Mission de Saint Gabriel que chacun se sente libre par rapport à ces horaires en fonction des activités professionnelles ou familiales. Le plus important est de marquer notre fidélité à l’œuvre de Dieu et à Marie trois fois dans la journée : le matin, en milieu de journée (avant 17h si possible) et le soir. A Dieu soit la gloire pour les siècles des siècles !

P.Thibaud de La Serre.

 

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *